Banque privée — 12 août 2026

Où se cachent les frais d'un mandat de gestion

Droits de garde, frais de mouvement, rétrocessions des fonds : les trois lignes à retrouver dans votre relevé annuel, et comment les additionner pour obtenir le coût réel de votre mandat sur une année pleine.

Escalier d'honneur en fer forgé doré et sol de marbre dans le hall d'un établissement bancaire ancien.

La plupart des relevés annuels affichent une performance nette. Le problème, c'est que « nette » ne veut pas toujours dire ce que le lecteur croit. Entre la performance brute du gérant et ce qui atterrit réellement sur le compte, plusieurs lignes de frais viennent s'intercaler, et elles ne sont pas toujours regroupées au même endroit du document.

Trois lignes à retrouver

Les droits de garde. Ils rémunèrent la conservation des titres par la banque ou l'établissement dépositaire. Ils sont souvent exprimés en pourcentage de l'encours, prélevés chaque année, qu'il y ait eu du mouvement sur le portefeuille ou non.

Les frais de mouvement. Chaque arbitrage, chaque achat, chaque vente peut générer une commission. Sur un portefeuille géré activement, ces frais s'additionnent vite et n'apparaissent pas toujours dans le pourcentage de frais de gestion annoncé au départ.

Les rétrocessions. C'est la ligne la moins visible. Quand un établissement place un fonds dans un contrat, il reçoit souvent une part des frais de gestion prélevés par ce fonds. Cette rétrocession n'est pas illégale et elle est encadrée par la réglementation, mais elle crée un lien financier entre l'établissement qui vous conseille et le produit qu'il vous recommande. Le montant figure rarement dans le relevé lui-même. Il faut souvent le chercher dans le document d'information clé (DIC) du fonds concerné, ou le demander directement.

Comment les additionner

Prenez votre relevé annuel et cherchez la mention « frais de gestion » ou « TER » (total expense ratio) pour chaque support détenu. Ajoutez-y les droits de garde annuels et une estimation des frais de mouvement si votre gestion a été active dans l'année. Le chiffre obtenu est souvent supérieur de 0,5 à 1,5 point à ce que le premier document vous a présenté.

Sur un portefeuille de 2 millions d'euros, un écart d'un point représente 20 000 euros par an. Sur dix ans, avec l'effet des intérêts composés, la différence sur le capital final dépasse largement la simple addition des frais annuels.

Des ordres de grandeur à connaître

Voici les fourchettes observées dans les grandes banques privées suisses et chez les principaux acteurs français.

Type de fraisFourchette observéeBase de calcul
Droits de garde (dépositaire)0,06 % à 0,3 % HTEncours annuel
Frais de mouvementenviron 0,10 % HTPar opération
Frais d'assurance-vie (compagnie + courtier)0,3 % à 1,3 %Encours annuel, négociable selon montant
Mandat de gestion discrétionnairejusqu'à 1,3 % supplémentaireEncours géré
Capital net après dix ans selon le niveau de frais Pour 2 millions d'euros investis à 6 % de performance brute annuelle : 3,02 millions d'euros au bout de dix ans avec 1,8 % de frais totaux, contre 2,74 millions d'euros avec 2,8 % de frais totaux, soit 277 000 euros d'écart. 3,02 M€ 2,74 M€ 1,8 % de frais totaux 2,8 % de frais totaux soit 4,2 % nets par an soit 3,2 % nets par an 277 000 € d'écart
Capital net après dix ans, pour 2 millions d'euros investis et une performance brute de 6 % par an. Un point de frais supplémentaire coûte 277 000 €, alors que la simple addition des frais annuels n'en représente que 200 000 : l'écart restant vient des intérêts que ces frais n'ont pas produits.

Pris isolément, chacun de ces frais paraît modeste. Le problème vient de l'empilement. Droits de garde, frais de mouvement, frais d'assurance-vie et frais de mandat s'additionnent souvent sans que l'investisseur en ait une vue consolidée, et l'addition peut atteindre 2 à 3 points de frais totaux. Partir avec 2 ou 3 points de moins sur une performance annuelle attendue autour de 5 à 7 % ampute une part très significative du rendement final, avant même de parler de fiscalité.

Un point important est souvent ignoré : la plupart de ces frais sont négociables, en particulier au-delà d'un certain niveau d'encours. Les établissements ajustent leurs conditions selon le montant confié, la relation commerciale et la structuration retenue. Les mandats dits « all in », qui regroupent l'ensemble des frais de gestion, de garde et de mouvement dans un taux unique et transparent, permettent aussi d'éviter l'effet d'empilement décrit plus haut.

Ce que cela change concrètement

Un mandat à 1,8 % de frais totaux n'est pas nécessairement un mauvais mandat. Ce qui compte, c'est de savoir précisément ce que ce chiffre recouvre et de pouvoir le comparer à ce que propose le marché pour un service équivalent. La plupart des investisseurs n'ont jamais fait cet exercice, simplement parce que l'information n'est pas présentée de façon à le rendre facile.

Négocier seul ces conditions est possible mais demande du temps, une bonne connaissance des pratiques du marché et un rapport de force que peu d'investisseurs individuels possèdent face à un établissement. C'est là qu'un intermédiaire dont les intérêts sont réellement alignés avec les vôtres, qu'il s'agisse d'un CGP indépendant, d'un family office ou d'une banque privée transparente sur sa rémunération, change la donne. Quand les frais deviennent trop importants au regard de la performance attendue, c'est tout l'équilibre financier du placement qui est remis en question, quelle que soit la qualité du gérant ou du produit choisi.