Banque privée — 29 août 2026

Le crédit lombard : emprunter sur son patrimoine sans le vendre

Nantir ses titres plutôt que les vendre : le principe, les quotités pratiquées selon les actifs, les trois logiques qui justifient d'y recourir, et le mécanisme d'appel de marge.

Escalier d'honneur en fer forgé doré et sol de marbre dans le hall d'un établissement bancaire ancien.

Face à un besoin de liquidités ou à une opportunité d'investissement, le réflexe le plus répandu reste de vendre une partie de son portefeuille. C'est pourtant rarement la solution la plus efficace pour un patrimoine financier important. Le crédit lombard permet d'emprunter en mettant ses actifs financiers en garantie, sans les céder. Voici comment ça fonctionne, et dans quels cas ça a réellement du sens.

Le principe

Le crédit lombard est un prêt accordé par une banque, garanti par le nantissement d'un portefeuille de titres (actions, obligations, fonds, liquidités, parfois assurance-vie luxembourgeoise). L'emprunteur ne vend rien. Il continue de percevoir les revenus de son portefeuille (dividendes, coupons, performance) et conserve son exposition aux marchés, tout en disposant de liquidités immédiates.

La banque calcule un montant empruntable en fonction de la nature des actifs mis en garantie. Ce ratio, appelé quotité ou « loan to value », varie fortement selon la liquidité et la volatilité de l'actif sous-jacent.

Type d'actif en garantieQuotité généralement pratiquée
Liquidités, fonds eurosTrès élevée, proche de 90 à 95 %
Obligations d'État, fonds obligataires de qualitéÉlevée, de l'ordre de 70 à 80 %
Actions de grandes capitalisations, fonds actions diversifiésModérée, de l'ordre de 50 à 60 %
Titres non cotés, actions de petites capitalisations, fonds concentrésFaible ou nulle, souvent exclus des garanties acceptées

Ces chiffres varient d'un établissement à l'autre et sont réévalués en fonction des conditions de marché. Ils donnent un ordre de grandeur, pas une garantie contractuelle.

Pourquoi emprunter plutôt que vendre

Trois logiques distinctes justifient le recours au crédit lombard.

La première est fiscale. Vendre un actif qui s'est apprécié déclenche une imposition sur la plus-value. Emprunter en le gardant en garantie permet de différer cette imposition, parfois indéfiniment si l'actif est conservé jusqu'à la transmission.

La deuxième est stratégique. Un portefeuille bien construit reste investi sur le long terme. Le vendre pour financer un besoin ponctuel, un achat immobilier, un projet d'entreprise, rompt cette stratégie et expose à un mauvais point de sortie si les marchés sont bas au moment du besoin. Concrètement, ça évite de racheter des obligations qui ont perdu de la valeur, des produits structurés en dessous de leur valeur de constitution, ou de céder des actions et des ETF qui, eux, sont en train de performer. Le crédit lombard permet de préserver l'allocation en place plutôt que de la démanteler au pire moment.

La troisième est l'effet de levier assumé. Certains investisseurs empruntent pour réinvestir, dans l'idée que le rendement attendu du placement financé dépasse le coût du crédit lombard. Si le pari est juste, il reste un delta entre la performance générée et les intérêts versés à la banque, un delta qui vient accélérer la constitution du patrimoine sans avoir mobilisé un euro de capital propre supplémentaire. Cette logique fonctionne dans un sens, elle amplifie aussi les pertes dans l'autre, et elle n'a de sens que si l'opération financée est identifiée et son couple rendement-risque évalué au cas par cas, plutôt que d'emprunter de façon permanente et diffuse sur l'ensemble du portefeuille.

Le risque central : l'appel de marge

Le crédit lombard n'est pas un outil sans danger. La garantie évolue avec la valeur du portefeuille. Si les marchés baissent significativement, la valeur des actifs nantis peut devenir insuffisante pour couvrir le prêt. La banque déclenche alors un appel de marge, demandant soit un apport de liquidités supplémentaires, soit la vente forcée d'une partie du portefeuille, souvent au pire moment, quand les marchés sont justement en baisse.

Ce mécanisme rappelle que le crédit lombard déplace le risque plutôt qu'il ne le supprime. On échange un risque fiscal et une perte de flexibilité contre un risque de marché amplifié par l'endettement.

Il faut aussi garder à l'esprit un point souvent minimisé. Le crédit doit être remboursé quel que soit le résultat de l'opération financée. Si l'investissement réalisé grâce au crédit lombard se déprécie ou échoue, la dette envers la banque reste due dans son intégralité, avec ses intérêts. Le levier ne fonctionne pas seulement à la hausse, il n'annule jamais l'obligation de remboursement. C'est pourquoi une opération financée par crédit lombard doit être évaluée et sécurisée avant l'engagement, pas seulement sur son potentiel de gain.

Ce qui distingue le crédit lombard d'un crédit immobilier classique

Crédit lombardCrédit immobilier
GarantiePortefeuille de titresBien immobilier
DuréeGénéralement courte à moyenne, souvent renouvelableLongue, 15 à 25 ans
TauxVariable dans la majorité des cas, indexé sur un taux de référenceFixe ou variable selon le choix de l'emprunteur
Risque principalAppel de marge en cas de baisse des marchésRisque de taux, pas de risque de valorisation immédiate de la garantie
Rapidité de mise en placeRapide, quelques jours si le portefeuille est déjà logé chez le prêteurPlusieurs semaines